Isabeau Courdurier

Sport et post-partum : Isabeau Courdurier raconte son retour au sommet de l’enduro

Octobre 2026, Finale Ligure. Sur la dernière spéciale des Championnats du monde d’enduro, Isabeau Courdurier signe le meilleur temps et décroche la médaille d’argent, à un peu plus d’une seconde et demie du titre. Entre son sacre mondial de 2024 et ce podium, il y a eu une pause : une grossesse et la naissance de son fils.

Reprendre le sport après un accouchement soulève souvent les mêmes questions : quand recommencer ? À quel rythme ? Et comment retrouver confiance en son corps ? Pour une pilote de VTT enduro, qui dévale des pentes à pleine vitesse, ces questions prennent une autre dimension.

Ambassadrice RACER 1927, Isabeau a accepté de nous raconter sa reprise du sport post-partum, sans filtre. Ses réponses parlent à toutes les sportives qui vivent ce moment, du haut niveau au loisir. Nous vous les livrons telles qu’elle nous les a confiées.

« Faire partie des premières athlètes de ce milieu à revenir au plus haut niveau après être devenue maman donne du sens à mon parcours. »

6 mois entre la naissance de son fils et sa première course
15+ week-ends de compétition enchaînés cette saison avec son fils
≈ 1,5 s d’écart avec le titre mondial d’enduro à Finale Ligure

1. Reprendre le sport après l’accouchement : le calendrier d’Isabeau

Pas de retour précipité, pas de plan miracle. Le retour d’Isabeau s’est construit étape par étape, en commençant par une vraie coupure. Voici les grands repères de sa reprise.

Les repères de sa reprise d’entraînement

  1. Fin 2024Arrêt complet du sport pendant deux à trois mois, après son titre de championne du monde.
  2. Pendant la grossesseEntraînement ponctuel, au feeling, sans plan.
  3. 1 mois après la naissanceReprise très légère de la musculation, pour retrouver un gainage solide.
  4. 2 mois aprèsReprise du vélo de route, en douceur.
  5. 6 mois aprèsPremière course, une descente régionale à Blausasc.
  6. Quelques semaines plus tardLa Coupe du monde de Loudenvielle.

Tu es récemment revenue au plus haut niveau avec ton titre de vice-championne du monde d’enduro ce mois-ci. Combien de temps as-tu complètement arrêté l’entraînement ?

J’ai arrêté l’entraînement pendant seulement quelques mois, à la fin de l’année 2024, lorsque j’ai terminé ma saison après mon titre de championne du monde.

J’ai vraiment voulu me reposer et faire une grosse coupure. Je n’ai donc pratiqué aucun sport pendant deux à trois mois. J’avais besoin de récupérer avant d’envisager la suite et d’essayer de tomber enceinte.

Ensuite, j’ai continué à m’entraîner ponctuellement, au feeling. Sans suivre de plan d’entraînement, que ce soit pendant ma grossesse.

J’ai repris l’entraînement un mois après la naissance de mon fils, mais de manière très progressive et en douceur.

Combien de temps s’est-il écoulé entre l’accouchement, ton retour à l’entraînement et ta première participation à une compétition en tant que maman ?

Un mois après sa naissance, j’ai repris la musculation, très légèrement au début, pour retrouver progressivement un gainage solide. Puis, au bout de deux mois, j’ai repris le vélo de route, là aussi tout en douceur.

Ma première compétition a eu lieu six mois après sa naissance. C’était une course de descente (DH) régionale à Blausasc. Quelques semaines plus tard, je me lançais sur la manche de Coupe du monde de descente de Loudenvielle.

Comment as-tu décidé du timing de ce retour ? Était-ce une question d’instinct, de contraintes du calendrier sportif ou d’avis médical ?

C’est un cumul de tous ces facteurs.

J’ai d’abord écouté l’avis médical et respecté toutes les consignes concernant la rééducation et le suivi post-partum. Ensuite, je me suis fiée à mon instinct : est-ce que je me sentais prête à reprendre ? Quelles étaient mes sensations ?

J’ai vraiment essayé de respecter ces ressentis tout au long de mon retour, en prenant le temps de franchir chaque étape du processus.

Enfin, bien sûr, il y avait aussi le calendrier sportif qui se précisait. Nous avions envisagé la Coupe du monde de descente de Loudenvielle comme première grosse échéance de compétition.

Avec le recul, referais-tu ce retour au même rythme ?

Oui et non.

Je pense que je referais certainement les tout premiers mois après ma grossesse de la même manière. En revanche, avec un peu de recul, j’aurais peut-être participé à moins de compétitions lors de ma première année de reprise.

Cette année, j’ai enchaîné plus de quinze week-ends de compétition avec mon fils. C’était peut-être un peu trop pour une année de reprise.

Avec le recul, je sélectionnerais donc davantage les compétitions auxquelles je participe, afin de mieux gérer mon énergie et de trouver un équilibre plus durable entre ma carrière sportive et ma vie de maman.

« J’ai d’abord écouté l’avis médical. Ensuite, je me suis fiée à mon instinct. »

2. Fatigue, sensations, peur : ce que le post-partum change dans le corps et dans la tête d’une sportive de haut niveau

On imagine souvent que le plus dur, c’est de retrouver la forme physique. Pour Isabeau, les vrais défis étaient ailleurs : une fatigue d’un genre nouveau, des automatismes de pilotage à reconstruire et un rapport au risque à réinventer.

Y a-t-il des difficultés auxquelles tu ne t’attendais pas du tout en reprenant le haut niveau après ta grossesse ?

Je pense que j’avais anticipé un maximum de choses concernant ma grossesse et l’après-grossesse.

Les principales difficultés que j’ai rencontrées étaient vraiment liées à la fatigue : apprendre à gérer cette nouvelle fatigue, mais aussi appréhender la peur au moment de reprendre la compétition avec ce nouveau statut de maman. C’est une responsabilité nouvelle, à laquelle on n’est pas habituée, et qu’il faut apprendre à intégrer dans son quotidien.

Je dirais que ce sont les deux plus grosses difficultés auxquelles j’ai dû faire face.

Sur le plan physique, comment s’est passée la reprise de l’entraînement ? Qu’est-ce qui a été le plus difficile à retrouver ?

Sur le plan physique, le plus difficile a été de retrouver mes sensations sur le vélo, mon pilotage et surtout de me sentir de nouveau à l’aise lorsque la vitesse augmente.

Je pense que c’est vraiment ce qui demande le plus de temps. Lorsqu’on ne roule pas très vite pendant un certain temps, on perd certains automatismes, notamment dans la capacité à analyser rapidement le terrain et à prendre des décisions concernant les lignes et les trajectoires.

Il faut donc retrouver cette rapidité d’analyse et de décision qui est essentielle lorsqu’on roule à haut niveau.

Sur le plan psychologique, quels changements as-tu ressentis ? Ton rapport au risque a-t-il évolué ? As-tu eu besoin d’un accompagnement pour ce retour ?

Sur le plan psychologique, la nouveauté pour moi a surtout été d’apprendre à gérer mon rapport au risque.

Au début, j’avais un peu peur de la manière dont j’allais réagir avec cette nouvelle responsabilité de maman. Mais très rapidement, je me suis rendu compte que, lorsque je suis sur mon vélo, à pleine vitesse dans les descentes, je suis tellement concentrée, dans ma bulle et dans ma zone, que je ne pense pas forcément à tout cela. Finalement, cela n’a pas vraiment changé mon rapport à la vitesse.

En revanche, ma manière d’aborder la prise de risques a beaucoup évolué. Aujourd’hui, je réfléchis davantage avant de prendre un risque et je ne prends plus de risques inutiles. Par exemple, je ne vais plus me lancer sur une ligne de sauts ou dans un passage technique sans l’avoir repéré au préalable.

« Aujourd’hui, je réfléchis davantage avant de prendre un risque et je ne prends plus de risques inutiles. »

Je suis désormais davantage dans la préparation, l’analyse et l’exécution. J’accorde beaucoup plus d’importance à cette phase en amont, là où j’aurais peut-être été plus spontanée auparavant.

J’ai également continué à travailler avec mon préparateur mental, avec qui je collabore depuis plusieurs années. Pour ce retour, le travail portait surtout sur la manière de retrouver la compétition en étant sûre de moi, confiante et à l’aise avec ce nouveau statut de maman.

J’ai aussi eu un peu de mal à retrouver ma place dans ce milieu après cette pause. Il a donc fallu travailler sur cet aspect-là pour retrouver progressivement ma confiance et me sentir de nouveau pleinement à ma place en tant qu’athlète.

3. Femme, maman et pilote : faire sa place dans le VTT enduro

Le VTT enduro reste un univers majoritairement masculin. Mais les lignes bougent, sur les podiums comme sur les courses du dimanche. Et le retour d’Isabeau envoie un message fort à toutes celles qui hésitent entre maternité et carrière sportive.

Le VTT enduro est un milieu plutôt masculin. As-tu vu une évolution depuis le début de ta carrière ?

Le VTT, de manière générale, reste un milieu assez masculin. En revanche, j’ai constaté une vraie évolution depuis le début de ma carrière, notamment dans le nombre de femmes qui participent aux compétitions et qui se lancent dans le VTT enduro.

Au quotidien, cela se traduit concrètement par une meilleure mise en valeur du sport féminin, mais aussi par une présence accrue des femmes sur les courses, notamment lors des épreuves locales et régionales en France.

Ressens-tu une différence de traitement ou de regard en tant qu’athlète femme et désormais athlète maman dans ce milieu ?

Je ne ressens pas particulièrement de différence de traitement ou de regard depuis que je suis devenue maman. Au contraire, je ressens une réelle bienveillance et je reçois énormément d’encouragements.

Je pense que faire partie des premières athlètes de ce milieu à revenir au plus haut niveau après être devenue maman donne du sens à mon parcours. Cela permet aussi de montrer que c’est possible et d’ouvrir la voie à d’autres femmes qui pourraient se poser des questions sur la compatibilité entre maternité et carrière sportive.

« Montrer que c’est possible et ouvrir la voie à d’autres femmes. »

Je reçois donc vraiment des retours très positifs et de nombreux messages bienveillants, ce qui est très encourageant.

4. Performance et maternité : la ligne de départ comme victoire

Devenir mère a-t-il changé la championne ? Pas vraiment en course, nous répond Isabeau. Mais sa façon de regarder la performance, elle, s’est élargie. C’est peut-être le passage le plus inspirant de cet entretien.

Ta définition de la performance a-t-elle changé depuis que tu es maman ?

Ma définition de la performance n’a pas vraiment changé depuis que je suis maman. J’ai toujours voulu faire du VTT pour devenir meilleure, pour être une meilleure version de moi-même et une meilleure athlète, avant même de chercher à gagner des médailles. Et cela n’a pas changé avec la maternité.

En revanche, aujourd’hui, la performance ne se résume plus uniquement au résultat. Elle englobe tout le processus que l’on met en place pour y parvenir : la préparation, le travail accompli et toutes les étapes qui nous permettent d’atteindre nos objectifs.

Je dirais aussi que ce qui a changé, c’est que je considère désormais le simple fait d’être sur une ligne de départ et d’avoir l’engagement de se lancer, comme une performance en soi.

« Je considère désormais le simple fait d’être sur une ligne de départ et d’avoir l’engagement de se lancer, comme une performance en soi. »

Est-ce que devenir mère t’a rendue différente en course ? Ton rapport à la compétition et à la prise de risques a-t-il changé ?

Devenir mère ne m’a pas rendue différente en course par rapport à avant. En revanche, je ne considère plus vraiment la compétition comme une finalité en soi.

Aujourd’hui, avoir la chance de participer à des compétitions tout en étant maman est presque devenu un bonus. C’est une partie de ma carrière que j’apprécie d’autant plus, parce que je mesure la chance que j’ai de pouvoir continuer à vivre cette aventure sportive tout en construisant ma vie de famille.

La maternité t’a-t-elle appris quelque chose que le sport de haut niveau ne t’avait pas appris ?

La maternité m’a appris à être vraiment dans le moment présent, à ne pas trop anticiper et à accepter que les choses ne se déroulent pas forcément comme prévu.

Avec un enfant, il faut constamment s’adapter et être à l’écoute de soi-même, de son environnement et de son enfant.

Je dirais que cela m’a appris à être beaucoup plus ouverte aux changements de dernière minute, à accepter de ne pas tout maîtriser et à m’adapter aux situations telles qu’elles se présentent.

5. Entraînement, compétitions et vie de maman : une organisation d’équipe

Plus de quinze week-ends de course en une saison, avec un bébé dans les bagages. Derrière cette performance invisible, il y a une logistique bien rodée et une équipe soudée. Isabeau nous ouvre les coulisses de son quotidien.

Comment concilies-tu entraînement, compétition, déplacements et vie de maman ?

J’ai la chance d’être très, très bien entourée, notamment par mon mari, et ma mère, qui m’accompagnent sur mes déplacements.

Grâce à eux, j’arrive à organiser mon quotidien et mes déplacements sur les compétitions. C’est une sacrée logistique et cela demande énormément d’organisation. Mais après une première saison, nous avons trouvé nos repères et, aujourd’hui, nous sommes capables de gérer tout cela beaucoup plus sereinement.

As-tu une routine hebdomadaire précise ? Si oui, laquelle ?

J’ai une routine d’entraînement hebdomadaire assez précise. Mon fils va trois jours par semaine à la crèche, ce qui me permet de programmer des journées avec deux séances d’entraînement.

Le reste du temps, mon quotidien s’organise autour du travail, des entraînements et de ma vie de famille. Pour que tout cela fonctionne, il faut une organisation bien rodée et accepter de faire certains sacrifices.

Mon mari et ma famille sont très présents pour m’aider et rendre ce quotidien possible. Au niveau sportif, je suis également accompagnée par une coach sportive et un préparateur mental, qui m’aident à structurer mon entraînement et à progresser.

C’est vraiment un travail d’équipe : sans cet entourage, il serait beaucoup plus difficile de concilier tous ces aspects de ma vie.

Quel regard voudrais-tu que ton fils porte sur ton métier de sportive ? Souhaiterais-tu qu’il suive un parcours de sportif de haut niveau ou as-tu peur de le voir évoluer dans un sport à risque comme le tien ?

Je voudrais surtout que mon fils comprenne qu’il est possible de faire de sa passion son métier. J’aimerais qu’il ait cette chance, lui aussi, s’il en a envie plus tard.

Je ne souhaite pas forcément qu’il suive un parcours de sportif de haut niveau. En revanche, si c’est son choix, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l’accompagner sur cette voie. Ce qui compte avant tout pour moi, c’est qu’il soit pleinement épanoui dans ce qu’il entreprend.

Je pense que la pratique du sport est très importante pour se construire dans la vie. Elle nous apprend énormément de choses, bien au-delà de la performance.

Concernant le choix du sport, s’il décide un jour de pratiquer une discipline à risque, je mettrai toute mon expérience à son service pour l’accompagner et faire en sorte qu’il puisse évoluer dans les meilleures conditions possibles, en limitant les risques autant que possible.

Parce que, dans notre sport, la préparation joue un rôle essentiel pour prévenir les blessures. On ne peut jamais supprimer complètement le risque, mais on peut apprendre à mieux le comprendre, à l’anticiper et à s’y préparer.

« On ne peut jamais supprimer complètement le risque, mais on peut apprendre à mieux le comprendre, à l’anticiper et à s’y préparer. »

Reprendre le sport après une grossesse : ce que l’on retient du parcours d’Isabeau

Le retour d’Isabeau Courdurier n’a rien d’un miracle. C’est le fruit d’une coupure assumée, d’une reprise progressive et d’un entourage solide. On en retient quelques leçons précieuses, que vous rouliez en Coupe du monde ou sur vos sentiers du week-end :

À retenir

  • Écoutez d’abord le corps médical, puis vos propres sensations. Chaque grossesse est différente : la rééducation post-partum et l’avis de votre sage-femme ou de votre médecin restent le point de départ.
  • Avancez par étapes : renforcement et gainage d’abord, puis le vélo, puis l’intensité.
  • Laissez du temps aux sensations : le pilotage et la lecture du terrain reviennent avec les sorties, pas en un jour.
  • Préparez plutôt que d’improviser : repérer un passage avant de s’y engager, c’est rouler avec plus de sérénité.

S’équiper pour rouler l’esprit libre

Comme le rappelle Isabeau, on ne supprime jamais complètement le risque, mais on peut s’y préparer. Cette préparation passe aussi par l’équipement. Genouillères, coudières, gilets de protection : découvrez les protections VTT RACER 1927, pensées pour vous accompagner en descente comme en enduro.

Découvrir les protections VTT

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Coudières RACER WILD ELBOW
Genouillères WILD KNEE
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